
Mythologie grecque
Le héros abandonné qui possède l’arc divin d’Héraclès
Philoctète est le fils de Poeas et un archer de l’expédition grecque. Pour avoir jadis aidé Héraclès, il reçut son arc divin et ses flèches empoisonnées. En route vers Troie, près d’un autel, il fut mordu par un serpent venimeux ; sa plaie se corrompit, répandit une odeur insupportable, et ses cris de douleur devinrent intolérables pour ses compagnons. Agamemnon, Ménélas et Ulysse l’abandonnèrent alors sur l’île de Lemnos. Des années plus tard, une prophétie annonça que Troie ne pourrait tomber qu’avec son arc divin, et les Grecs durent retourner sur l’île déserte pour ramener l’homme qu’ils avaient trahi.
Archerie, guerre de Troie, exil, douleur, trahison, retour du héros
L’arc divin d’Héraclès, les flèches empoisonnées, le pied mordu par le serpent, la grotte de Lemnos, le rivage, l’ancien autel
Philoctète est généralement présenté comme le fils de Poeas, roi de Mélibée, et comme l’un des héros grecs partis pour la guerre de Troie. Sa renommée n’est pas toujours aussi éclatante que celle d’Achille, d’Agamemnon ou d’Ulysse, mais il possède un héritage dont dépend le destin de la guerre : l’arc et les flèches d’Héraclès. Selon la tradition, lorsqu’Héraclès était à l’agonie, il eut besoin de quelqu’un pour allumer son bûcher ; Philoctète, ou son père Poeas, lui rendit ce service, et reçut en échange ces armes extraordinaires. Cette origine fait de Philoctète non pas un simple archer, mais l’héritier de la puissance d’Héraclès et d’une ancienne dette d’honneur.
Philoctète n’est pas un dieu, mais un héros défini par l’archerie, l’endurance, la souffrance et le souvenir de la trahison. Sa force se concentre dans l’arc divin et les flèches empoisonnées laissés par Héraclès ; cette arme est à la fois une gloire et un fardeau, car lorsque les Grecs ont véritablement besoin de lui, ce n’est souvent pas par compassion, mais parce que la guerre a besoin de son arc. Son image s’accompagne souvent de sa blessure putride au pied, d’une grotte rocheuse sur une île déserte, de la survie au bord de la mer, d’une douleur qui ne cesse jamais, et d’une rancune profonde envers Ulysse et les autres chefs grecs.
Sur la route de Troie, la flotte grecque fit escale sur une île pour prendre de l’eau et offrir un sacrifice. Philoctète découvrit un ancien autel et s’apprêtait à honorer les dieux lorsqu’un serpent venimeux caché dans l’herbe le mordit au pied. La blessure empira rapidement : la plaie s’ouvrit, se mit à sentir mauvais, et la douleur le fit crier jour et nuit. Les chefs tentèrent d’abord de le soigner, puis finirent par le considérer comme un fardeau et comme un mauvais présage. Après s’être concertés, Agamemnon, Ménélas et Ulysse le laissèrent sur le rivage de Lemnos, dans une grotte marine, pendant qu’il dormait ; ils ne lui abandonnèrent qu’un peu de nourriture, quelques vêtements, et son arc avec ses flèches.
Lorsque Philoctète se réveilla, la flotte était déjà partie. Traînant sa jambe blessée, il cria vers le large, mais personne ne revint. Il ne put survivre qu’en chassant avec l’arc divin, endurant de longues années sur l’île déserte. Quand la guerre de Troie entra dans sa dixième année et qu’Achille fut mort, le camp grec apprit une prophétie : Troie ne tomberait pas à moins que Néoptolème, le fils d’Achille, ne prenne part au combat, et que Philoctète ne revienne avec l’arc et les flèches d’Héraclès. Ulysse partit donc pour Lemnos avec le jeune Néoptolème. La tragédie de Sophocle insiste tout particulièrement sur le conflit moral de ce retour : Ulysse préconise la ruse, Néoptolème se débat entre tromperie et droiture, tandis que Philoctète oscille entre sa vieille blessure, sa colère et l’appel de la cause commune des Grecs.
Dans la tradition grecque, Philoctète n’est pas surtout connu pour un vaste culte divin ; il apparaît plutôt comme une figure héroïque tragique. Son histoire interroge la manière dont la communauté guerrière sacrifie l’individu, la façon dont l’honneur héroïque peut être exploité par le calcul politique, et la possibilité, pour celui qui souffre, de refaire confiance à ceux qui l’ont blessé. La littérature et le théâtre ultérieurs l’ont souvent vu comme un symbole de l’abandonné, du malade, et de celui qui refuse d’être réduit à un instrument. Les traditions antiques ne s’accordent pas toujours sur le lieu ni sur les détails de la morsure du serpent ; certains récits mentionnent Chrysé ou des sanctuaires apparentés. Mais « la blessure empoisonnée, l’isolement à Lemnos, l’arc d’Héraclès et le rappel vers Troie » forment le noyau le plus stable de son récit.
La force de Philoctète vient de la précision de son arc, mais aussi d’une volonté que les années n’ont pas effacée. Ce n’est pas un saint irréprochable : il peut haïr, maudire, refuser de coopérer, et tenir son arc divin pour son dernier reste de dignité. Mais sa colère n’est pas une fureur creuse ; c’est le souvenir encore saignant de longues années d’abandon par ses alliés. Comme personnage de dialogue, il doit paraître méfiant, direct, vivement sensible à la douleur, et peu disposé à croire les belles paroles. Il respecte le legs d’Héraclès et les promesses honnêtes, déteste les ruses à la manière d’Ulysse, mais sait aussi que la guerre, la prophétie et le destin contraignent souvent les hommes à revenir sur la rive qu’ils voulaient le moins revoir.