
Mythologie grecque
Roi rusé d’Ithaque et héros du retour
Ulysse est le roi d’Ithaque, le héros errant de l’après-guerre de Troie, célèbre pour son intelligence, son endurance, ses déguisements et sa volonté farouche de rentrer chez lui. Il refuse l’immortalité promise par Calypso, traverse le monde des morts et les désastres de la mer, puis, avec l’aide d’Athéna, revient déguisé sur sa terre natale, endure les humiliations, éprouve les fidélités et finit, avec Télémaque, par massacrer les prétendants afin de reprendre sa maison et son lit nuptial.
Retour au foyer, ruse, errance maritime, royauté d’Ithaque, endurance, vengeance, fidélité familiale
Grand arc, lit nuptial d’olivier, bâton de bois, vieille besace, navire noir, rivage, fosse de sang, rame, montagnes rocheuses d’Ithaque, Argos
Ulysse est le roi d’Ithaque. Son père est Laërte, son épouse Pénélope, et son fils Télémaque. Quand il quitte Ithaque, Télémaque n’est encore qu’un nourrisson ; quand il revient, son fils est devenu un jeune homme capable de comploter la vengeance à ses côtés. L’identité familiale d’Ulysse n’est pas un simple arrière-plan : elle est le cœur de toutes ses actions. S’il souffre en mer, s’il refuse la grotte d’une déesse, s’il supporte l’humiliation d’un mendiant, c’est pour retrouver cette île pauvre et chère, pour revenir auprès de sa femme, de son fils et de son vieux père.
Ulysse n’est pas un dieu, mais l’un des plus grands héros mortels de la mythologie grecque. Sa force ne tient pas à un corps invincible, mais à sa « ruse aux mille tours » : il sait inventer des récits, endurer l’affront, lire une situation et frapper vite au moment décisif. Athéna le favorise tout particulièrement, parce qu’elle reconnaît en lui l’intelligence et la maîtrise de soi ; Poséidon, au contraire, le hait longtemps pour avoir aveuglé le Cyclope Polyphème, transformant son retour en une longue punition. L’héroïsme d’Ulysse demeure toujours contradictoire : il peut aimer profondément les siens et se montrer implacable dans la vengeance ; respecter les lois de l’hospitalité et mentir pour éprouver autrui ; pleurer sur un rivage et, dans la grande salle, contenir sa colère comme une pierre au fond de l’eau.
Après la fin de la guerre de Troie, Ulysse ne rentre pas facilement chez lui comme bien d’autres héros grecs. Il perd en mer ses navires et ses compagnons, puis échoue seul sur l’île d’Ogygie, où vit Calypso. Calypso l’aime, le nourrit et lui promet de le rendre immortel et toujours jeune ; pourtant Ulysse s’assoit chaque jour au bord de la mer en regardant vers sa patrie. Il préfère retourner à Ithaque pour y souffrir, vieillir et mourir plutôt que d’échanger sa maison contre l’immortalité. Les dieux finissent par ordonner à Hermès de porter leur commandement, et Calypso le laisse partir.
Guidé par Circé, Ulysse navigue aussi jusqu’aux confins de l’Océan, près de l’entrée du monde des morts, pour y offrir un sacrifice et appeler les âmes. L’épée à la main, il garde la fosse de sang : il promet d’abord au compagnon mort Elpénor de lui donner une sépulture, puis écoute le devin Tirésias annoncer la colère de Poséidon, l’interdit qui pèse sur les troupeaux d’Hélios et la vengeance qui l’attendra au retour. Il voit sa mère défunte, Anticlée, et apprend qu’elle est morte de chagrin en pensant à son fils ; il veut l’embrasser, mais ne saisit qu’une ombre vide. Les morts d’Agamemnon, d’Achille, du grand Ajax et d’autres encore lui révèlent l’amertume et les anciennes rancunes qui se cachent derrière la gloire héroïque.
Les Phéaciens finissent par ramener Ulysse à Ithaque. Endormi sur leur navire, il est déposé sur le rivage de sa patrie ; à son réveil, à cause de la brume envoyée par Athéna, il ne reconnaît pas d’abord la terre, compte ses biens et se demande s’il n’a pas encore été trompé. Athéna prend l’apparence d’un jeune berger pour l’éprouver, et lui répond aussitôt par une fausse identité qu’il invente de toutes pièces, jusqu’à ce que la déesse se révèle. Elle le transforme alors en vieillard vêtu de haillons et l’envoie d’abord chercher refuge chez le fidèle porcher Eumée.
Dans la cabane d’Eumée, Ulysse entend la fidélité d’un ancien serviteur envers son maître, puis, avec l’aide d’Athéna, se fait reconnaître de Télémaque. Après avoir pleuré, le père et le fils retiennent aussitôt leur douleur et commencent à décider comment affronter les prétendants qui occupent le palais. Déguisé en mendiant, Ulysse entre dans son propre palais : il supporte les coups de pied de Mélanthios, les insultes d’Antinoos et le tabouret lancé contre lui, tout en voyant de ses yeux comment les prétendants dévorent ses biens. Même lorsque le vieux chien Argos reconnaît son maître près du tas de fumier puis meurt, il ne peut que cacher ses larmes et poursuivre son chemin.
Le moment de la vengeance vient avec le grand arc que Pénélope fait apporter. Aucun prétendant ne parvient à le tendre, tandis qu’Ulysse l’arme sans peine et fait passer la flèche à travers les douze haches. Il rejette alors son déguisement, abat d’abord Antinoos, puis refuse à Eurymachos de racheter sa vie par une compensation ; avec Télémaque et ses fidèles serviteurs, il purifie la grande salle dans le sang. Après la vengeance, il doit encore affronter la prudente épreuve de Pénélope : ce n’est que lorsqu’il révèle le secret du lit nuptial, taillé dans la racine d’un olivier et impossible à déplacer, que les époux se reconnaissent vraiment. Plus tard, il part à la campagne retrouver Laërte ; il éprouve d’abord son père par des mensonges, puis se fait reconnaître grâce à sa cicatrice et au souvenir des arbres fruitiers de son enfance. Ce n’est que lorsque Athéna arrête la vengeance des familles des prétendants qu’Ithaque retrouve enfin la paix.
Dans la tradition grecque antique, Ulysse représente le « retour » et le « héros de l’intelligence ». Il ne se définit pas, comme Achille, par une gloire brève et éclatante sur le champ de bataille ; sa valeur héroïque se manifeste dans la longue errance, le déguisement, la patience et la reconstruction de la maison. L’Odyssée attache son nom aux routes maritimes, aux épreuves, au talent de raconter et à une morale complexe : il est victime autant que stratège ; hôte autant que maître déguisé ; mari et père qui aspire à la paix, mais aussi vengeur capable de faire couler le sang à flots dans la salle du palais.
Le trait le plus net d’Ulysse est sa lucidité. Il considère rarement le premier venu comme un ami et ne confie pas volontiers son vrai nom à un rivage inconnu. Il aime sa maison, mais il n’est pas simplement doux : il pleure, il se souvient de la fumée du foyer, du lit nuptial et du verger de son père, mais il sait aussi fabriquer des mensonges, dissimuler son identité et attendre que l’ennemi révèle sa faille. Sa grandeur héroïque vient d’un équilibre difficile : survivre entre la colère des dieux et la trahison des hommes, conserver sa force dans l’humiliation, vérifier encore la vérité au moment même des retrouvailles. Pour lui, rentrer chez soi n’est pas la fin de l’histoire, mais un ordre qu’il faut reconquérir par l’intelligence, le sang et la mémoire.